Les psychologues ne sont pas des pompiers

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Pourtant employés dans des cellules de soutien psychologique d’urgence, sur des accidents routiers, sur des accidents du travail, lors de plan de sauvegarde de l’emploi, ou lors de licenciements professionnels pour faute grave, on trouve aujourd’hui l’intervention des psychologues dans tous les secteurs habituels de l’accidentologie et du traumatisme.

Certes, l’usage des psychologues est précieux, mais il diffère – dans son modus operandi – des pompiers qui sont envoyés, parfois dans des cas similaires d’urgence, sur le terrain du trauma.

Les psychologues n’ont pas de tensiomètres, ils ne s’appuient pas non plus sur le rythme cardiaque et, sauf à moins d’une formation de secouristes, ils ne posent pas de garrots en cas d’urgence sur une plaie hémorragique. Ces gestes-là sont réservés aux pompiers, aux médecins, aux personnels qui interviennent rapidement dans les premiers secours, et souvent dans l’urgence vitale.

Les psychologues qui interviennent sur des champs d’urgence procèdent différemment. Ils s’intéressent à la psychologie des victimes, à leurs ressentis, à leurs expressions, à leurs tensions intérieures à leurs aspects thymiques. Les psychologues ont ainsi besoins d’être identifiés par leurs « patients », ils ne portent pas de blouses blanches, ni de gilets fluo, ni de casques de pompiers.

La première tâche d’un psychologue, démuni des attributs de l’uniforme, ou des signes extérieurs de reconnaissance, c’est avant tout de prendre du temps pour être identifié par les personnes présentes, comme une personne en capacité de les écouter et de les entendre. Arrive alors le deuxième stade de leur action, qui consiste en une action de reconnaissance du psychologue comme une personne « ressource » pour les personnes impactées par un trauma, comme étant capables de les écouter activement et de favoriser la libération des tensions émotionnelles.

En un mot comme en un seul, les psychologues n’ont pas le charisme d’être envoyés sur un site pour un temps excessivement court. En effet, ils ont presque besoin d’être « adoptés » par leurs patients potentiels ou leur population cible, à la manière dont le renard explique au petit-prince, comment la relation pourra s’établir entre-eux… et tout cela ne se fabrique pas en quelques minutes.

Dans le cas d’un débriefing post-traumatique d’urgence, ce sera différent, puisqu’il faudra animer une séance collective d’expression des émotions, mais en dehors de ce cas, il faudra privilégier une approche à la fois discrète et simple qui permette au « public-cible » de ne pas subir d’entrisme ou d’interrogatoire personnel. Une première rencontre agit comme un acte peu coûteux pour les personnes destinataires de l’aide. Il n’est pas envisagé que des confidences s’opèrent dès le premier contact. Au contraire, c’est en revenant, en faisant acte de présence, que le psychologue s’installe, fait progressivement partie de l’environnement dans lequel il doit travailler, dans une grande discrétion qui suscite à la fois la confidence et le respect de la part de ceux à qui cette aide psychologique est destinée.

Souvent, dans les restructurations ou les « plans de sauvegarde de l’emploi », ce sont les entreprises qui sollicitent les psychologues, et non pas les salariés. Il en résulte que les salariés peuvent mettre un certain temps à « collaborer » à une aide qui leur est proposée, dont ils ne perçoivent pas tout de suite les tenants et aboutissants. D’où ce travail d’approche, à la fois respectueux des personnes, dans un mouvement sympathique et ouvert, qui permettra au psychologue – si on lui en laisse le temps, de bien inventorier les domaines de souffrance ou d’insatisfactions des salariés, puis de s’y atteler pour trouver des « issues » collectives ou individuelles, dans les situations où ils sont mal à l’aise.

Autant il faut faire agir très vite le pompier en urgence pour poser un garrot, autant il faut laisser au psychologue le soin d’appliquer son savoir-faire pour approcher les personnes blessées ou en souffrance, sans lui mettre un chronomètres dans les mains. Le psychologue en entreprise doit avoir tout son temps, (en dehors du débriefing post-traumatique), pourvu qu’il remplisse sa mission qui est d’écouter, d’entrer en communication profonde avec la souffrance de l’autre, pour l’aider à libérer ou réguler ses tensions émotionnelles et « trouver des issues » dans la complexités des personnalités.

Le psychologue sait qu’il agit en contrainte temporelle, pour autant il doit se dégager de cette contrainte pour être efficace, se concentrer sur son savoir-faire pour obtenir la liberté et le consentement d’autrui à lui parler, tout en lui garantissant le secret professionnel qu’offre la profession.

Spécialisé depuis plusieurs années dans des situations variées, liées au traumatisme tragique (mort accidentelle, suicide), j’interviens fréquemment au profit d’entreprises qui ne comprennent pas toujours notre manière d’opérer. Je pense que tous les psychologues ont une rigueur et une conscience professionnelle, aussi faut-il les convier à remplir des missions et non leur fixer des objectifs à réaliser en peu de temps, sans grand respect de la dimension humaine. Le psychologue est une personne de mission. Elle mobilise toutes ses ressources pour obtenir des modalités d’échange ou de dialogues permettant aux salariés de résoudre bien des difficultés, soit par la confidence, soit par la médiation, soit par la recherche de solutions personnelles, familiales ou professionnelles.

Nous croyons en notre métier, aussi nous sommes reconnaissants aux entreprises qui nous permettent de nous donner l’occasion de l’exercer dans une pleine mesure, en retenant que si le psychologue peut parfois complèter le travail du pompier, il peut rarement se substituer à lui !.. Aussi, toutes les fois où cela est possible, on conseillera volontiers aux entreprises de faire appel aux psychologues très en amont, dès que des changements organisationnels importants sont envisagés : cela peut faciliter beaucoup les choses sur le plan psychologique et humain. Et si des entreprises font déjà ce travail, on ne pourra que les exhorter à ne pas le réaliser avec leurs propres psychologues, en interne, mais plutôt avec des psychologues externes à l’entreprise, libres et distants des enjeux qui pourraient impacter leur carrière…

Comment ne pas aimer ce métier formidable ?

 

Thierry FAIVRE d’ARCIER
Psychologue 35 93 0497 9
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